Diplômé de l’Institut des Hautes Études Cinématographiques à Paris (l’IDHEC, aujourd’hui la FÉMIS), détenteur du premier doctorat spécialisé en cinéma recensé au Canada, Gilles Marsolais commence à enseigner à l’Université de Montréal en 1971, à l’invitation de François-Marc Gagnon. Engagé l’année suivante, il crée et dirige, de 1973 à 1988, le programme d’Études cinématographiques : il met en place une mineure et une maîtrise, puis une majeure, et il commence à développer le 3e cycle en dirigeant des thèses de doctorat en cinéma.
Critique de cinéma respecté, il fonde en 1973 (avec Luc Perreault, Robert Lévesque et d’autres) l’Association québécoise des critiques de cinéma (AQCC), affiliée à la Fédération internationale de la presse cinématographique (FIPRESCI). En 1977, il œuvre au Festival de la critique, premier festival international de cinéma à se tenir à la Place des Arts. Et en 1988, il devient membre du comité de rédaction de la revue 24 images.
Gilles Marsolais laisse sa marque par la qualité de ses écrits devenus des références, dont L’Aventure du cinéma direct, publié à Paris (1974), puis à Montréal, dans une version enrichie et définitive (1997), ainsi que Le Film sur l’art (2004). S’y ajoutent deux recueils de textes qui témoignent de son abondante production critique au fil des années : Cinéma québécois, de l’artisanat à l’industrie (2012) et Cinémas du monde, toute image est porteuse d’un point de vue (2012). En tant que poète, on lui doit plusieurs recueils, dont La Caravelle incendiée (1968), Les Matins saillants (1970) et Traces et repentirs (2000).
Comme le rappelle André Gaudreault, dans un article à paraître sur l’enseignement du cinéma au Québec :
« [...] une caractéristique essentielle des programmes de cinéma dans le milieu francophone du Québec : aucun d’entre eux ne s’est développé sans faire une place de choix à la pratique. Nous retrouvons le même processus [...] au sein de l’Université de Montréal où Gilles Marsolais proposait dès 1973 le développement d’un programme de Mineur en études cinématographiques qui aurait « le but précis de former des candidats appelés à travailler plus ou moins en marge de l’industrie cinématographique comme telle », en reconnaissant le cinéma comme « moyen d’expression et de création » et les études cinématographiques comme une « discipline universitaire autonome » [Gilles Marsolais, « Propositions concernant l’établissement au niveau du premier cycle d’un Mineur en Études cinématographiques », 22 septembre, 1973, p. 2-3. Source: Division de la gestion de documents et des archives, Université de Montréal]. Cette orientation donnée par Marsolais allait donner une direction particulière au département, renforcé par l’appui de son collègue (et ancien étudiant) Michel Larouche, puis par le signataire du présent texte (lors de son arrivée à l’Université de Montréal en 1991). Dans la mesure où elle a donné lieu, dans le recrutement de ses enseignants, à une application bien particulière, cette orientation était assez unique à l’époque, et le demeure à ce jour : tous les professeurs de production qui ont été embauchés à l’Université de Montréal depuis le milieu des années 1990 étaient des praticiens chevronnés ou reconnus et, à la fois, des docteurs ayant un profil de scientifique, une denrée rare il y a 15 ou 20 ans, et dont les enseignements se partageaient à peu près également entre la pratique du cinéma et l’étude du cinéma. Ainsi, une impulsion donnée au département par Marsolais en 1973, et renouvelée avec davantage de vigueur dans les années 1990, demeure-t-elle encore aujourd’hui une caractéristique fondamentale des études cinématographiques à l’Université de Montréal ».
André Gaudreault, « Inventing the Teaching of Cinema . . . and Working towards Its Institutionalization », dans Lee Carruthers et Charles Tepperman, dir., Canadian Cinema of the 1980s and 90s, Montréal, McGill-Queen’s University Press, 2026.
Aujourd’hui, à l’Université de Montréal, ce que l’on désigne comme de la recherche-création en cinéma et dans les arts médiatiques est maintenant enseigné aux trois cycles, au baccalauréat, à la maîtrise et au doctorat.
Gilles Marsolais avait toujours eu à cœur de créer des ponts tangibles et fructueux entre les milieux universitaires et les milieux de la pratique du cinéma. Les collègues et les étudiant·e·s du Département d’histoire de l’art, de cinéma et des médias audiovisuels tiennent à lui rendre hommage pour son importante contribution au développement de l’enseignement du cinéma à l’Université de Montréal et au Québec.